A - Un peuple entier manifeste sa liberté dans la joie

              

 

          La crise économique mondiale de 1929 a durement touchée la France à partir de 1931. A cette période, la production industrielle a rapidement chuté de 22%, pour se stabiliser a ce niveau jusqu’en 1940 et au delà. La crise frappa principalement la classe ouvrière. Le nombre de chômeurs dépassa les 350 000 en 1932, pour atteindre 826 000 en 1936. Le pouvoir d’achat s’effondrait. Dans les villes et dans les campagnes, la misère s’étendait. Les classes moyennes (petits paysans, petits propriétaires, ..), ruinées ou presque, se détournaient du Parti Radical (le principal parti du capitalisme français, à l’époque), tandis que les organisations fascistes, profitant de l’impuissance du régime parlementaire de la Troisième République, menaient une vive agitation pour son renversement. En avril-mai 1936, le bloc du Front Populaire, coalition de parti de gauche dont la SFIO, le parti radical et le PCF remporta les élections législatives, et Leon Blum arriva à la tête d'un gouvernement socialiste.

 
          

 

L'Humanité, quotidien communiste français

 

 

       

 

Front populaire, juin 1936. Ouvriers du bâtiment en grève sur l'un des chantiers de construction de l'Exposition universelle de 1937.

 

 

 

 

 

      Portés par l'élan de la victoire du Front Populaire, les ouvriers entamèrent à travers le pays des "grèves de la joie". Les premières éclatèrent dés mai 1936. Le pays connut à ce moment-là une explosion sociale: des grèves d'un nouveau genre, avec occupation d'usines et blocage de la production, qui toucha plus de deux millions de salariés. Ainsi, le 11 mai 1936, une grève éclata à l’usine Bréguet du Havre : 600 ouvriers occupèrent les bâtiments. Ils seront suivis le 13 mai par les travailleurs de Latécoère, à Toulouse, qui occupèrent également leurs usines. Le 14 mai, c’est au tour des usines Bloch, à Courbevoie. Il s'agissait du plus vaste  mouvement de  paralysie de la production enregistrée jusqu'à ce jour.

 

 

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   Ces   "grèves de la joies" innovaient, car elles représentaient un mouvement d'impatience des classes populaires qui souhaitaient l'accélération de  mesures d'amélioration des conditions de travail. En effet, l'eléction du Front Populaire devait,à leurs yeux, produire un profond changement social. A travers ce mouvement les grévistes exprimaient leur vif désir de changement à leurs élus de gauche. Le temps se passait à discuter, jouer aux cartes ou aux boules, danser, écouter des chansonniers sympathisants. L'atmosphère est à la fête et à la victoire.  

Simone Weil, philosophe française, écrit en juin: "J’ai été voir les copains dans une usine où j'ai travaillé il y a quelques mois... joie de parcourir librement les ateliers où on était rivé sur sa machine... Joie d'entendre, au lieu du fracas impitoyable des machines, de la musique, des chants et des rires. Joie de passer devant les chefs la tête haute... On se détend complètement. On n'a pas cette énergie farouchement tendue, cette résolution mêlée d'angoisse si souvent observée dans les grèves. On est résolu, bien sûr; mais sans angoisse. On est heureux.
Enthousiaste de ces semaines de lutte" Elle écrit dans La Révolution prolétarienne du 10 juin: « Il s'agit, après avoir toujours plié, tout subi, tout encaissé en silence pendant des mois et des années, d'oser enfin se redresser. Se tenir debout. »

 

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   Le front populaire met un terme à ce mouvement par des lois sociales: dans la nuit du 7 au 8 juin 1936. Sont alors signés entre Léon Blum, la Confédération générale du patronat français (CGPF) et la CGT, les accords de Matignon, qui prévoient la généralisation des conventions collectives, l'augmentation des salaires de 7 a 15% et le reforcement du droit syndical dans l'entreprise. Deux lois s'y ajoutent: l'une instaure la semaine de 40 heures et l'autre accorde quinze jours de congés payés par l'entreprise sans diminution de salaire. C'est une révolution pour les salariés qui n'ont jamais connu de vacances, travaillant parfois depuis l'âge de 13 ans. Enfin, la scolarité  obligatoire passe de 13 à 14 ans. Les accords comportent les articles suivants :

 

Art.1. La délégation patronale admet l’établissement immédiat de contrats collectifs de travail.                                                                                              

Art.3 L’observation des lois s’imposant à tous les citoyens, les employeurs reconnaissent la liberté d’opinion, ainsique le droit pour les travailleurs d’adhérer librement et d’appartenir à un syndicat professionnel constitué en vertu du livre III du Code du travail. Les employeurs s’engagent à ne pas prendre en considération le fait d’appartenir ou de ne pas appartenir à un syndicat pour arrêter leurs décisions en ce qui concerne l’embauchage, la conduite ou la répartition du travail, les mesures de discipline ou de congédiement (…)

Art.6. La délégation patronale s’engage à ce qu’il ne soit pris aucune sanction pour faits de grève.

 

 Léon Blum, front populaire

 

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      L'une des revendication principale de la classe ouvrière pour améliorer les conditions était la réduction du temps de travail. Le Front Populaire a donc réduit ce temps à 40 heures et a ainsi mis fin à une longue polémique qui a déchiré la droite et la gauche durant les années précédentes.

  

                              

L'affiche de gauche sera considérée comme l'affiche numéro 1, celle de droite comme l'affiche numéro 2.

Dans les années 1930, les  partis s'affrontent aussi bien au Parlement que dans les médias (radio et les journaux) autour des revendications sociales, donc la réduction du temps de travail.  A cette époque, pour faire entendre leurs voix, Droite et Gauche cherchent à influencer l'opinion publique à grand renfort de propagande.

Affiche numéro 1- Cette affiche date de 1936 et fut diffusée par l'Ordre des Bons sens (organisation de droite qui s'oppose à la réduction du temps de travail). Cette dernière représente un ouvrier au bord d'un précipice. Celui ci est poussé par une main de grande taille représentant la SFIO et la C.G.T. La main est de couleur rouge, représentation du communisme. Un soleil couchant représente la semaine de  40H, ce qui annonce l'obscurité. De plus, le fond du précipice annonce une douloureuse chute, à laquelle sont associés des termes, tels que "chômage", "vie plus chère" ect.. Les promoteurs de cette affiche sont donc opposés à la semaine de 40 heures et donc aux mesures proposées par le gouvernement du Front Populaire. Ils perçoivent cette mesure comme un risque économique pour la société et pour les classes les plus populaires.

Affiche numéro 2- Cette affiche date aussi de 1936 et fut commandité par la C.G.T, syndicat de gauche. En haut de l'affiche, un slogan vante les avantages de la semaine des 40 heures. Cette dernière représente un ouvrier, vêtu de bleu de travail, parant vers un horizon d'usines. Le travailleur semble heureux et salue sa femme, portant dans ses bras leur enfant. Derrière les grandes usines, un soleil des 40 heures se lève. Cette affiche a donc pour but de persuader les ouvriers des effets bénéfiques de la semaine des 40 heures et la baisse du chômage que celle-ci devrait engendrer.

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