B « Mai 68 : sous les pavés, la plage »

 

 

   A l’origine, mai 68 fut un mouvement ouvrier, qui avait pour but de dénoncer une mauvaise répartition des richesses accumulées  par le système économique français au cours des vingts dernières années. Les manifestations ouvrières se firent sous forme de grèves et de défilés. Cependant, le patronat ne répondant pas aux appels répétés des manifestants, ceux-ci augmentèrent la pression en occupant les usines ou les lieux de travail.                                                                                             Parallèlement,la jeunesse de l’époque profitait de ces mouvements pour protester à son tour contre une société française qu'elle jugeait sclérosée et dépassée. Ces griefs conscernaient aussi bien les rapports familiaux et sociaux, que le système éducatif, dont l'université jugée trop fermée. Elle en a donc profité pour se joindre au mouvement ouvrier. A partir de là, les occupations d’usines, de facs, et de lycées se sont multipliées.

 

 La réunion entre ces mouvements de protestations et les grèves générales ouvrières ont provoqué une escalade de la violence. Ce mouvement social et insurrectionnel est appelé aujourd’hui:  «Mai 68 ».

Contrairement à 1936, ce mouvement social dépassait les simples attentes liées aux conditions de travail. En effet, l'arrivée des jeunes et des étudiants a élargi les revendications,  pour tous ceux qui se considéraient comme les "laissés pour compte", de crier un mal-être vis à vis de la société. Cette jeunesse voulait enfin être reconnue pour ce qu'elle était vraiment: des étudiants ou des travailleurs , avec des loisirs et désirs de jeunes, avides de libertés et remettant en cause le système culturel français de l'époque.

 

 

 

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Ce mouvement fut soutenu par des intellectuels, dont Jean-Paul Sartre, écrivain et philosophe qui fut l'une des icône de cette lutte social :

 

         

 Interview de Jean-Paul Sartre, le 13 mai 1968

« La violence est la seule chose qui reste, quel que soit le régime, aux étudiants qui sont jeunes, qui pensent qu'ils ne sont pas encore entrés dans le système que leur ont fait leurs pères, et qui ne veulent pas y entrer. Autrement dit, ils ne veulent pas de concessions, ils ne veulent pas qu'on aménage les choses, qu'on leur donne satisfaction sur une petite revendication, pour en fait les coincer, leur faire prendre la filière et leur faire être dans trente ans le vieux bonhomme usé qu'est leur père. Ils ne veulent pas du tout y entrer et par conséquent, ce refus est évidemment un refus de violence. Donc si vous voulez, on peut considérer que le seul rapport qu'ils puissent avoir avec cette université, c'est de la casser, et pour la casser, il n'y a qu'une solution : c'est descendre dans la rue. »
 
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Lorsque Jean-Paul Sartre donne cette interview, le 13 mai 1968, le mouvement étudiant né à Nanterre s'est étendu au Quartier latin depuis le 3 mai. Suite à l'arrestation de plusieurs étudiants, chaque jour les jeunes dressent des barricades, et jettent des pavés en criant « libérez nos camarades! ». Sartre, intellectuel engagé, défendra ces étudiants en mettant en avant leur profond mal être pour justifier leur violence. Il considère que la jeunesse réclame un réel changement du système et ne pourra pas se contenter de quelques revendications mineurs. D'après lui, pour donner du poids à leurs paroles et démontrer leur détermination, ils n'ont pas d'autres choix que de s'exprimer de manière violente. Sartre cautionne ces événements, et avance l'idée qu'il faut continuer cette action de violence, pour empêcher la société de prédéterminer leur avenir. Le philosophe soutient donc pleinement les étudiants afin qu'ils deviennent maîtres de leur avenir.
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Ce mouvement fut d’une force et d’une violence imprévisible, car en moins d'un mois, les protestations allaient profondément modifier la société française, non seulement d'un point de vue politique mais aussi culturel et social. Durant le mois de mai, chaque jour apportait son lot d'affrontements entre forces de l’ordre et manifestants, particulièrement dans le quartier latin à Paris (quartier étudiants). Lors de ces événements, les manifestants utilisèrent tous les projectiles disponibles à leur porté: pavés, cocktail Molotov, mobilier urbain afin de riposter aux CRS armés de matraques et bombes lacrymogènes. Ces bagarres occasionnèrent beaucoup de dégâts : par exemple, dans la rue Gay-Lussac où furent brûlées plus de 60 voitures en une nuit !

Cette période a également été illustrée par « le foisonnement de slogans humoristiques, provocateurs, voir farfelus"  : "Soyez réaliste, demandez l'impossible" ou "Elections, pièges à con " ou "CRS= SS" ou "Il est interdit d'interdire" . 

 

 

 

 

 

Cette période s'articule autour de 4 dates importantes :

 

22 mars 1968: Pour protester contre le reglement administratif (accés des garçons aux batiments des filles) qu'ils jugaient perimé, un groupe d'environ 150 étudiants, emmené par Daniel Cohn-Bendit, 23 ans, occupa le centre administratif de l'université de Nanterre, dans la banlieue parisienne. Ce noyau de contestation devient le « Mouvement du 22 mars ». C’est en quelques sortes le « coup d’envoi des hostilités »

 6 mai : Les étudiants manifestent dans le Quartier latin, mais au fil de leur marche dans Paris, la foule grossit. Les policiers chargent. Il y a des blessés. On construit des barricades. Bilan : 600 étudiants blessés, 345 policiers blessés. 422 arrestations. Vitrines cassées, voitures brulées, arbres coupés, abribus demolis, bancs arrachés...

Les jours suivants, la contestation gagne la province

 

 13 mai : Grève générale de 24h décrétée par les syndicats. Un raz-de-marée envahit les rues de Paris. Les mouvements étudiants ont été rejoints par les enseignants, les syndicats et de nombreuses personnalités politiques. Les villes de province manifestent à leur tour.

 27 mai : Les accords de Grenelle: Tous ces événements forcèrent le pouvoir en place à négocier avec les manifestants. Ces  négociations menées par le jeune Jacques Chirac se déroulèrent au Ministère du Travail rue de Grenelle à Paris (d'où leur nom). Elles aboutissent à une augmentation de 35% du SMIG, une augmentation de 10% des salaires, la création de la section syndicale, et une quatrième semaine de congés payés.        

 Chirac et Pompidou, mai 1968

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Manifestation du 6 mai 1968 au Quartier Latin. Affrontements, boulevard Saint-Germain, Paris.

 

 

 

 

 

Le 30 juin, le général de Gaulle prononça un discours afin de calmer la foule :

Allocution radiodiffusé du Général de Gaulle du 30 mai :

"Françaises, Français, étant le détenteur de la légitimité nationale et républicaine j’ai envisagé depuis vingt-quatre heures toutes les éventualités sans exception qui me permettraient de la maintenir. J’ai pris mes résolutions. Dans les circonstances présentes, je ne me retirerai pas. J’ai un mandat du peuple, je le remplirai, je ne changerai pas le premier ministre dont la valeur, la solidité, la capacité méritent l’hommage de tous. Il me proposera les changements qui lui paraîtront utiles dans la composition du gouvernement. Je dissous aujourd’hui l’assemblée nationale. J’ai proposé au pays un référendum qui donnait aux citoyens l’occasion de prescrire une réforme profonde de notre économie et de notre université et en même temps de dire s’ils me gardaient leur confiance ou non par la seule voie acceptable, celle de la démocratie. Je constate que la situation actuelle empêche matériellement qu’il y soit procédé. C’est pourquoi j’en diffère la date. Quant aux élections législatives, elles auront lieu dans les délais prévus par la Constitution, à moins qu’on entende bâillonner le peuple français tout entier en l’empêchant de s’exprimer en même temps qu’on l’empêche de vivre par les mêmes moyens qu’on empêche les étudiants d’étudier, les enseignants d’enseigner, les travailleurs de travailler. Ces moyens, ce sont l’intimidation, l’intoxication et la tyrannie exercées par des groupes organisés de longue main en conséquence, et par un parti qui est une entreprise totalitaire même s’il a déjà des rivaux à cet égard. Si donc cette situation de force se maintient, je devrai, pour maintenir la République, prendre, conformément à la Constitution, d’autres voies que le scrutin immédiat du pays. En tout cas, partout et tout de suite, il faut que s’organise l’action civique. Cela doit se faire pour aider le gouvernement d’abord, puis localement les préfets devenus ou redevenus Commissaires de la République, dans leur tâche qui consiste à assurer autant que possible l’existence de la population et à empêcher la subversion à tout moment et en tout lieu. La France en effet est menacée de dictature. On veut la contraindre à se résigner à un pouvoir qui s’imposerait dans le désespoir national, lequel pouvoir serait alors évidemment essentiellement celui du vainqueur, c’est-à-dire celui du communisme totalitaire. Naturellement, on le colorerait pour commencer d’une apparence trompeuse en utilisant l’ambition et la haine de politiciens au rancart. Après quoi ces personnages ne pèseraient pas plus que leur poids, qui ne serait pas lourd. Eh bien non, la République n’abdiquera pas, le peuple se ressaisira, le progrès, l’indépendance et la paix l’emporteront avec la liberté. Vive la République. Vive la France!                                                                                                                 

 

Ce discours fut prononcé par le Général de Gaulle le 30 mai 1968 en vue de calmer la foule. Il fut prononcé alors que le mouvement de protestation battait son plein, et que les affrontements entre jeunes et forces de l'ordre étaient chaque jour plus violent. C'est ces événements qui obligèrent de Gaulle à faire ce discours.

Ce dernier utilise des procédés rhétoriques forts afin donner une force de conviction plus grande à son discours. Nous remarquons, par exemple, qu'il désigne les destinataires de son discours dès les premiers mots "Françaises, Français", en d'autres termes, cela permet aux interlocuteurs de se sentir concernés et impliqués dans cet exposé. Immédiatement, le général de Gaulle légitimisme sa prise de parole en rappelant le pouvoir qu'il possède "étant le détenteur de la légitimité nationale". Son discours prend donc plus de force aux yeux des citoyens.
Il démontre ensuite sa forte implication par l'utilisation marquée de pronoms de la première personne du singulier "je". Finalement, le Général utilise des mots forts afin de faire prendre conscience aux manifestants du danger qui les menacent: "menacé de dictature".
Par conséquent, on voit que le Général De Gaulle s'implique réellement dans son discours et qu'il défend avec conviction les valeurs et idées qu'il expose.

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 Manifestation du 6 mai 1968 au Quartier Latin. Bagarre, boulevard Saint-Germain, Paris.

 

        Le mouvement s'est terminé le 1er Juin suite à la reprise du travail des ouvriers du pétrole et la fin de la paralysie du pays. En effet, les pompes à essence ont été réapprovisionnées, et les français ont donc pu fermer la porte de mai 68 en partant pour un long week-end de Pentecôte.

         

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